« Ah oui !!! Je veux voir ton tatouage MOCHE !!!! »

Quel genre d’amitié commence par une phrase pareille ?

Celle de Djo et moi !

Cette phrase, je l’ai prononcé il y a plus de dix ans. Et vous savez quoi ? Depuis, Djo a fait une énorme retouche à son tatouage ! Comme quoi, j’avais pas vraiment tort. 😉

Si vous suivez un peu le blog, vous savez que j’ai créé en mai 2019 une catégorie « Portraits de voyageuses et voyageurs ». J’ai interviewé deux Françaises (Justine et Mathilde), une Taïwanaise et une Allemande, toutes PVTistes en Nouvelle-Zélande.

Quand j’étais en Nouvelle-Zélande j’échangeais beaucoup avec Djo notamment sur nos modes de « vie alternative » et il m’a paru évident de faire son portrait. Djo n’a jamais fait de PVT et n’a (encore) jamais eu d’expérience à l’étranger. Mais Djo est bien un nomade ! Il est en effet saisonnier dans la restauration en France depuis plusieurs saisons.

homme riant dans un bar avec une bougie scintillante dans les mains

Son parcours : d’un bac STG aux saisons en restauration

Djo était lycéen à Bourcefranc-le-Chapus où il a obtenu son bac STG (Sciences et Technologie de la Gestion) en 2009. C’est à cette époque que je l’ai rencontré car il faisait partie du groupe d’amis de lycée de l’une de mes meilleures amies d’enfance, aka Amandine. Est-ce que la première fois que Djo m’a vu j’étais une mineure en soutif en boîte en soirée mousse à faire tourner mon tee-shirt ? Peut-être bien. Est-ce que pour son anniversaire (qui est quelques jours après le mien et juste avant celui d’Amandine, vive les Lion !), alors que je le connaissais à peine je lui ai offert des préservatifs goût fruit ? C’est fort probable. Est-ce qu’en fouillant dans les photos que j’avais de lui et moi j’ai trouvé une photo du 20e anniversaire d’Amandine et moi avec mon bras faussement tatoué d’un message dessiné qui disait « I love b*** ». C’est bien vrai. Je ne publierai pas cette photo ici et je ne raconterai pas la suite de ces dix dernières années ! (Insérer ici un émoticône qui pleure de rire).

portrait homme et femme dans la foule d'un concert
En juillet 2012 (j’avais donc 21 ans sur cette photo !) Djo m’a accompagnée aux Francofolies de La Rochelle.
À l’affiche : 1995 – Chinese Man – Joey Starr – Zebda – Shaka Ponk – Birdy Nam Nam.

Avant de découvrir son parcours, il est utile de savoir que Djo n’avait pas forcément de « passion » pour la restauration, pas d’envie d’évoluer dans ce milieu, il s’est plutôt laissé guider par les opportunités… et puis… son papa tenait un restaurant très animé au coeur de la citadelle du Château d’Oléron, il connaissait donc déjà bien l’univers !

Avant les saisons, Djo était introverti. Il dit que la restauration l’a « forcé à s’ouvrir aux gens » et que cela va bien avec sa « soif illimitée d’apprendre et de découvrir les gens ». Le côté relationnel de la restauration lui plait vraiment et c’est aussi pour ça qu’il préfère être en salle qu’en cuisine.

Sa première saison remonte à l’hiver 2010-2011 à Agnières en Devoluy, dans les Hautes-Alpes (entre Grenoble et Gap), en tant que vendeur/préparateur dans un snack.

Au retour, il a suivi une formation en BTS MUC (Management des Unités Commerciales) – comme plusieurs personnes de son groupe d’amis – qu’il a obtenu en 2013. Je me souviens qu’il travaillait à cette époque dans une entreprise de carrelage à Saintes puisque c’est une période où nous avons renoué contact car j’ai travaillé plusieurs mois à Atlantic Ciné (où il travaillera plus tard lui aussi).

Il est passé par une expérience de commercial chez France Loisirs dont il parle encore aujourd’hui avec beaucoup de vigueur. Il s’est fait 150€ en 3 mois… ! Mais il sait retirer le positif de cette expérience : développement de son relationnel client et de sa capacité d’adaptation. Il juge cette expérience comme « très formatrice ».

Durant l’été 2014, il revient sur l’île d’Oléron (là où sa famille vit) pour une saison (#2) en tant que serveur dans un snack.

Il retourne ensuite s’installer sur Saintes de novembre 2014 à avril 2016. C’est une vie d’intérimaire qui l’attend et qu’il kiffe ! Lui aussi va donc travailler à Atlantic Ciné (c’est d’ailleurs Amandine qui m’avait « pistonné » et plein de liens se sont créés là-bas !) ainsi qu’au Leclerc Drive et d’autres lieux.

L’été 2016 lance véritablement sa vie de saisonnier (saison #3) ! Djo devient commis de cuisine dans un camping des Mathes (17). À cette époque je vais le voir vers la fin de l’été, on va se brasser le crâne à Luna Park et je lui raconte pour la première fois mon envie de partir à l’étranger, la révélation de cet inoubliable été.

Hiver 2016-2017 (saison #4) : il devient runneur polyvalent dans un restaurant de montagnes aux Contamines-Montjoie.

Été 2017 : une saison (#5) dans la chaleur des villes du Sud, à Villeneuve-lès-Avignon en tant que limonadier.

portrait homme et femme souriant dans la nature
Juillet 2017 : j’ai passé quelques jours chez Djo à Villeneuve-lès-Avignon durant le festival d’Avignon. Je venais pour mon travail de médiatrice culturelle et lui, travaillait en tant que serveur dans un café d’une petite place de Villeneuve (où je suis bêtement et violemment tombée à vélo soi dit en passant…)

Hiver 2017-2018 (saison #6) : il renouvelle l’expérience aux Contamines-Montjoie.

Il faut savoir que pratiquement à chaque saison, Djo nous dit « C’est la dernière ! ». 😉

Été 2018 (saison #7) : surprise, Djo part sur l’île de Sein en Bretagne (Finistère) en tant que serveur dans un restaurant. 0.58km2 de superficie. 242 habitants. À 7,20 kilomètres à l’ouest de la pointe du Raz (environ 1h de traversée en bateau). Là-bas, il fait des heures de malade. Bon… la vie de saisonnier en restauration quoi ! Mais j’ai vraiment ce souvenir de nos conversations irrégulières et décalées dans lesquelles il me disait être vraiment rincé. Moi pendant ce temps je préparais mon voyage vers la Nouvelle-Zélande et je m’envolais pour cette première aventure à l’étranger.

Hiver 2018-2019 (saison #7) : « Cette fois c’est vraiment la dernière ! ». Non. Retour aux Contamines-Montjoie ! Complètement accro le mec.

vue sur le toit des montagnes au coucher du soleil avec les nuages
C’est aussi ça la vie en saison… La joie de travailler dans de beaux environnements !

Été 2019 (saison #8) : Djo nous fait rêver avec ses photos du lac d’Annecy. Il est runneur polyvalent dans un restaurant au bord du lac.

superbe vue du lac d'annecy avec des bateaux et les montagnes
Le restaurant de sa 8e saison au bord du lac d’Annecy. Que la France est magnifique !

Hiver 2019-2020 : saison #9 et… 4e saison aux Contamines-Montjoie ! On ne l’arrête plus ! Ah… ben si… on l’arrête ! En fait, c’est la covid-19 qui l’arrête. Mi-mars, la France entre en confinement. Le restaurant ferme. D’ailleurs la ville a fait l’actualité en février, juste avant que je parte au Canada et, inquiète, j’avais écrit à Djo pour prendre des nouvelles. Les saisonniers sont confinés dans des appartements séparés. Djo y est resté jusqu’à il y a quelques jours.

Cet été 2020 aurait dû être sa 10e saison. Il n’avait pas encore de lieu, il sait qu’avec son parcours il peut facilement trouver quelques semaines avant. Mais voilà… la réouverture des restaurants est assez floue

Les saisons et… les valises !

Je tends vers une vie minimaliste et j’aime savoir le rapport que les gens ont avec leurs affaires. Avec Djo on a eu un échange qui m’a profondément marqué à ce sujet.

Il dit qu’il ne « voyage pas léger » : 3 grosses valises, sa PS4 (qui contient 7 jeux dématérialisés), une télévision (oui oui !), et depuis peu… un bonsaï ! Il me dit :

« Je pose tout ça et je suis chez moi. Il faut un avoir un minimum d’éléments qui te rappellent où tu es bien. »

Il me dit aussi que pendant ses premières saisons il emmenait une tenture qu’il installait direct dans sa pièce. En fait, j’ai trouvé ça très touchant. J’ai quitté mon logement « fixe » il y a tout juste deux ans et je n’ai pas ces éléments-là. Ceux qui me font sentir « bien chez moi », ceux qui m’offrent de la joie. Je suis encore dans l’expérimentation, dans la quête de cette vie minimaliste. Comparé à Djo, j’ai très peu d’affaires (deux sacs à dos – 60L et 20L et ma sacoche d’ordi) donc j’ai misé sur le côté « pratique », pas émotionnel. Je crois que c’est ma prochaine étape… Trouver le bien-être procuré par mes affaires.

Les saisons et… les rencontres !

portrait de trois hommes dans un bar tenant un verre de bière à la main

Un autre grand sujet en saison : celui des rencontres !

C’est quelque chose dont on a très vite parlé avec Yoann en arrivant en Nouvelle-Zélande. Passer de lieu en lieu, rester une semaine, un mois, deux mois, jamais plus à un endroit. Arriver, se poser, passer en coup de vent, repartir. Rencontres éphémères. Furtives. Et fortes. Sociabiliser très vite. Se confier très vite. Rire aux premières conversations comme si on se connaissait depuis dix ans. Car on n’a pas de temps à perdre. On est ensemble sur un court terme. On apprend. À nouer des liens en sachant qu’on va se séparer. À se serrer les coudes. À être solidaire. Surtout quand on travaille ensemble. Tous dans le même bateau. Il faut apprendre à travailler ET vivre ensemble. À savoir mettre de l’eau dans son vin pour que tout se passe au mieux.

« L’esprit saisonnier est important ! » me dit simplement Djo.

Il me raconte la rencontre d’un jeune saisonnier de 21 ans qui était triste après sa saison. Devoir quitter ceux avec qui ils avaient partagé tant de bons moments. Djo lui a répondu :

« Il faut être conscient que 90% des rencontres faites en saison sont intenses, mais éphémèresparce que les gens ont leur vie, ils habitent loin…on peut comparer à ça une période de fin de lycée à chaque fois« 

Djo me dit qu’avec certains il garde des liens, que sur plus de 50 rencontres il pourrait en revoir une dizaine, qu’avec d’autres il pourrait « prendre une cuite sans problème mais pas plus que ça », que certains ne lui manquent pas plus que ça. À la fin de ses saisons, il a pris l’habitude de faire un petit tour de France des gens qu’il aimerait bien revoir. C’est ça aussi, son côté « nomade » !

C’est un mécanisme relationnel différent qui convient bien au « coté détaché » de Djo (et au mien aussi !).

vue du lac d'annecy d'en haut
Le lac d’Annecy vu d’en haut !

Love, love,… sex ?

On a aussi parlé des rencontres plus intimes. Hormis quelques courtes relations, Djo se considère célibataire depuis 5 ans. Il me dit qu’il ressent en ce moment l’envie d’avoir quelqu’un dans sa vie et que l’un des critères qui le ferait arrêter les saisons « ce serait une nana ».

On parle des relations intimes en saison. Déjà, il me dit qu’avoir une relation sérieuse est « extrêmement compliqué » et que même ceux qui viennent en couple finissent rarement ensemble… « Pour les relations furtives, quand tu as envie, c’est la fête du slip ! ». Certains font même le choix de se déclarer en « couple libre » avant la saison pour être au clair.

Il ressent l’enfermement dans une catégorie, le jugement des femmes. « Que faire avec un saisonnier à part passer quelques nuits ? », « trop instable« , on voit le saisonnier comme un « pestiféré des relations sérieuses ».

Les saisons… et après ?

Djo voit la situation actuelle (covid, confinement…) comme un coup de pouce, un « pointage sur sa situation ». Il me dit qu’il a envie de « prendre un appart et un taf », qu’il aimerait se fixer sur Saintes « semi-campagne, semi-ville » qu’il a de bons souvenirs là-bas, qu’il s’y sent bien. Je l’ai interviewé le 24 avril. J’écris cet article le 6 juin et… Djo est dans une colocation près de Saintes et est retourné travailler en interim !

Il m’avait dit aussi qu’il aimerait bien travailler dans le secteur du commerce, « mais quel type ? ». Il me parle de la question de l’éthique, qu’il ne pourrait pas « vendre n’importe quoi », qu’il ne veut pas « alimenter les gros groupes à la con et tout ce qui pourrit la planète » (coucou la moitié de mes jobs saisonniers en Nouvelle-Zélande et au Canada !).

J’ai osé la question des enfants mais on en parle parfois et je connaissais sa réponse. J’en parle quand même pour ceux que ça intéresse : « pas à l’ordre du jour et à mon avis ça ne le sera jamais… par rapport au futur, à l’écologie, au point où j’en suis dans ma vie… pas de feu vert. ». J’aurais pu formuler exactement la même réponse.

Des saisons… à l’étranger ?

Djo a toujours vécu et voyagé en France et ne connait pas l’étranger. Il avoue clairement qu’il n’est « jamais sorti de sa zone de confort » de ce point de vue-là. C’est l’inconnu, il ne sait pas comment ça fonctionne alors il ne se pose pas vraiment la question.

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Un grand rêve tout de même : visiter le Japon ! La culture le fascine, « une histoire chargée, une culture très différente des nôtres, beaucoup à apprendre et découvrir ».

Il aimerait aussi bouger au Canada. Oui alors là, attention… je sais qu’il y a des PVTistes et futurs PVTistes qui me lisent alors soyez bien assis… Djo a la double nationalité : il est franco-canadien ! Je l’ai appris seulement il y a un an et demi quand je lui annonçais que j’avais été tiré au sort. Il me dit « moi j’ai pas besoin, regarde ! » et me montre sa carte d’identité canadienne. J’étais folle. Ceux qui attendent d’être tirés au sort depuis des années, vous avez le droit de détester Djo qui n’a jamais mis les pieds sur le continent nord-américain, je vous autorise.

Il parle d’une envie de dépaysement mais pas d’expatriation, pas de long terme car pas l’envie tout simplement. Pourquoi pas visiter les pays nordiques, l’Europe de l’Est, la République tchèque… mais pas l’Italie ou l’Espagne car « trop de monde y va ».

La musique à partager

Une musique qui lui « donne la pêche et le met de bonne humeur depuis 4 ans maintenant » !

Et vous ? C’est quoi votre expérience de voyageur, de nomadisme ? Vous êtes PVTiste ? Saisonniers ? Vous avez envie de sauter le pas ? Comment vous vivez les rencontres éphémères ?

Dites-moi en commentaire !

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